​En général, on a tendance à confondre la fin et les moyens.

La programmatique en télévision et en radio en est un bon exemple dans le contexte de notre industrie. On assume que puisque la programmatique est de plus en plus utilisée dans le domaine numérique, alors elle doit représenter le futur de la télévision et de la radio. Mais avec cette idée en tête, vous ne faites que confondre la fin et les moyens.

La programmatique a pris son envol comme solution à un problème en particulier qui est spécifique au numérique, à savoir un large éventail d'inventaire fragmenté. Plus spécifiquement : comment monétiser efficacement cet inventaire fragmenté et comment le faire efficacement parce qu'il n'est pas possible pour un acheteur de contacter chaque site, et comment évaluer l'effet cumulatif une fois terminé.  Une approche programmatique aide à atténuer ces enjeux dans le sens qu'elle réduit considérablement le nombre de points de vente tout en monétisant les nombreux sites fragmentés.

En d'autres mots, la programmatique était, et l'est encore, principalement une solution à un problème de gestion d'inventaire où il y a avait un volume trop élevé d'inventaire invendu, chacun représentant peu de personnes, éparpillés à trop d'endroits.

Ce problème n'existe pas dans l'industrie de la radiodiffusion au Canada. En télévision et en radio, il n'y a pas beaucoup (voir aucun) inventaire invendu; au Canada du moins, de manière générale l'inventaire se vend sans problème. En télévision et en radio, il n'y a pas un énorme inventaire où chacun représente un nombre réduit de personnes; même une émission qui ne dure pas longtemps en télévision ou en radio attire des milliers de personnes à n'importe quel moment. Le secteur de la radiodiffusion ne dépend pas de milliers de points de vente qu'un acheteur doit considérer, ils en ont plutôt que quelques-uns et, tant s'en faut, leur nombre diminue au fil de la consolidation de l'industrie.

Donc le fait de présumer que la programmatique en télévision et en radio devrait se concrétiser, c'est confondre la fin et les moyens. C'est juger la "programmatique" comme étant une "bonne affaire" en soi au lieu d'une solution à un problème en particulier. C'est ignorer certains des défis importants observés jusqu'ici, incluant la transparence et le nombre d'intermédiaires qui prennent une part du revenu tout au long du processus.  Encore pire, c'est tomber dans le piège d'une manipulation rusée qui fait croire que la solution à un problème sert les intérêts de tous. 

Ceci ne veut pas dire que l'industrie de la radiodiffusion ne deviendra pas de plus en plus automatisée. Je présume que l'automatisation de l'industrie s'effectuera, d'une certaine façon du moins, d'ici un an ou deux. La clé pour déterminer la forme que cela prendra repose sur l'identification des problèmes que le secteur de la télévision pourrait avoir et sur les aspects de la programmatique (appliqués librement volontairement) qui pourraient aider.  Par exemple, un aspect qui me vient en tête est le besoin pour les stations de télévision de maximiser le rendement de tout l'inventaire, non seulement des annonces diffusées durant les émissions les plus regardées par les groupes démographiques clés ciblés aux fins d'achat.  Pour ce faire, les acheteurs et les vendeurs doivent avoir un mécanisme servant à évaluer rapidement la valeur des auditoires dont le prix commercial n'est pas encore gelé de façon définitive. Le faire manuellement consomme du temps et des efforts alors qu'un procédé algorithme serait plus rapide et facile.  

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